LE PORTAIL BIRET DANS TOUS SES ÉTATS

Par Patrick Kocher


En 1888 le musée Calvet se dotait d’un portail monumental en fer forgé façonné par Noël Biret. L’artisan déploya tout son talent et sa créativité pour présenter un travail d’une rare qualité. Mais voilà, après plus d’un siècle, l’œuvre subit l’outrage du temps et son lustre passé s’estompa peu à peu. La grille d’antan, si fastueuse, avait désormais perdu sa majesté première. C’est pourquoi, par souci de préserver cette œuvre créée par l’un des plus prestigieux ferronnier avignonnais du XIXème siècle, la Fondation Calvet a décidé de procéder à la restauration de ce magnifique portail, afin de lui redonner tout son éclat originel.
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Noël Biret et son équipe d’ouvriers en 1887. © Musée Calvet
Pour obtenir le meilleur résultat possible, la restauration devait répondre à certaines exigences de qualité de façon à respecter pleinement l’œuvre de Biret. C’est Antoine AMARGER et son équipe qui furent chargés de la réalisation du chantier. Habitué a travailler sur des œuvres anciennes, cet artisan originaire d’Indre-et-Loire a tout d’abord analysé le portail avec minutie et tenté de percevoir l’intention première de l’artiste et de la prolonger dans son travail. Il nous confia d’ailleurs :

« J’ai senti que Noël Biret a voulu créer une œuvre démonstrative. C’était l’époque Napoléon III où l’on avait tendance à orner généreusement des œuvres comme celle-ci. C’est un travail de ferronnerie de grand talent, signé par l’artiste et lorsque j’ai analysé avec attention ce portail j’ai vraiment ressenti la forte imprégnation de Biret. On voit vraiment qu’il a voulu montrer ce qu’il savait faire. Aujourd’hui nous ferions certainement moins bien. Cet ouvrage est magnifiquement exécuté : savoir faire, finesse, solidité, harmonie et créativité sont les maîtres mots qui viennent directement à l’esprit quand on l’observe. Avec cette restauration cette œuvre résistera encore très longtemps à la dégradation ».


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Le portail Biret au XIXème siècle.
© Musée Calvet
Commencée fin août, le chantier s’est achevé fin octobre 2009. Il s’est réparti en plusieurs étapes nécessaires à la consolidation de l’œuvre. Il faut dire qu’avec le temps, le fer a rouillé et la protection originelle a disparu. La restauration, outre la partie artistique finale, est avant toute chose une consolidation et une protection de la structure. Le portail Biret est fait principalement de fer, donc d’un matériau sensible au vent, à la pluie et aux variations de température. D’autre part, le travail sur des pièces anciennes, réclame une compétence réelle, validée par les conservateurs.


Investigation

Avant tout travail sur le portail lui-même, Antoine Amarger et son équipe se sont longuement penchés sur l’état original de l’œuvre elle-même et sur son état actuel. La comparaison, la détérioration des matériaux ont fait l’objet d’une étude particulière avec l’architecte de la Ville responsable du chantier et la Fondation Calvet. Les différents intervenants ont dû ainsi trouver les points sensibles et les problèmes éventuels avant d’entreprendre la restauration proprement dite.


Le décapage

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Un détail de la grille avant restauration.
On peut y voir les différents dépôts ainsi que la rouille © A. Amarger
L’opération la plus importante mais aussi la plus lourde fut le décapage complet du portail afin de le débarrasser des poussières accumulées et incrustées dans la structure depuis plus d’un siècle, mais aussi et surtout de la rouille qui était le danger le plus menaçant. Les restaurateurs ont du entreprendre des tests préalables en grattant certaines parties au scalpel pour voir quel était l’aspect brut de l’œuvre. Le but consistait à reprendre la restauration avec les mêmes éléments d’époque et selon la conception de Biret. Ce fut là toute l’importance de la première partie du chantier. Refaire conformément à l’original partait certes d’une bonne intention, mais Antoine AMARGER savait très bien qu’en fonction de l’évolution des matériaux et des produits, il devrait s’adapter aux exigences modernes ainsi qu’aux normes techniques actuelles. En effet, certains produits utilisés aux XIXème siècle sont aujourd’hui interdits, voire inexistants, pour assurer la protection des personnes et de l’environnement. Le nettoyage à l’eau, sous pression, a permis d’éliminer toute trace de peinture ancienne et la projection d’abrasif de décoller toute souillure jusqu’au métal originel. Les restaurateurs savent que, contrairement aux autres matériaux, le fer nécessite un décapage total afin d’éviter la rouille.


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Antoine Amarger lors du premier décapage à l’eau sous pression. On voit apparaître la rouille et les anciennes dorures
. © A. Amarger

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Le deuxième décapage par projection d’abrasif. A ce stade, le fer retrouve son état originel de couleur grise. On distingue sur cette photo les plaques de rouille pas encore décapées
. © A. Amarger

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Cette photo nous montre le portail en partie restauré. A gauche le fer est peint en noir. A droite, sur le fer gris d’origine est apposé un après également de couleur grise sur laquelle sera ensuite posée la couleur noire.
© A. Amarger


Peinture et dorure

La troisième phase, après un long travail de décapage à consisté à la pose d’une couche anti corrosion sur toute la structure afin de la protéger d’une dégradation menaçante. Cette couche de protection est venue recouvrir le fer après un nettoyage parfait. C’est seulement à ce stade que la dorure fut entreprise. En effet, à l’origine, Noël Biret a peint en noir la majeure partie de la structure, mais a également doré à la feuille d’or un certains nombre de volutes composant le portail. L’équipe de restauration a également reproduit la même technique et après la couche de peinture noire déposée, ce fut au tour de la peinture dorée liée à une colle spéciale afin de préparer les parties sur lesquelles la feuille d’or devait être collée. C’est à ce dernier stade de la restauration que le portail commença a reprendre son lustre perdu.

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On voit ici la restauratrice peindre l’emplacement des dorures avec une couche
de peinture adhésive jaune de façon à mieux disposer la feuille d’or.
© A. Amarger

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Le blason de la Ville au faîte du portail dans sa restauration
finale avec pose de la feuille d’or.
© A. Amarger


La serrure

Ferronnier mais aussi serrurier, Noël Biret mit un soin particulier à achever son œuvre par la fixation de la serrure du portail. Dégradée avec le temps, le mécanisme fut démonté par un spécialiste, afin de lui redonner toute sa souplesse initiale. C’est à cette occasion qu’apparut sur la ferrure la signature de l’artiste qui peut être visible à nouveau. Nettoyée, réparée, elle vient de retrouver l’ornement de ses poignées de bronze, alors que les clefs ont été entièrement refaçonnées.

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Après décapage est apparue la signature de
Noël Biret à l’emplacement de la serrure.
© A. Amarger


Après deux mois de travail, Antoine Amarger et son équipe de restaurateurs, doreurs et serruriers, vient d’achever cette restauration du portail Biret tant attendue par les visiteurs qui retrouvent ainsi à l’identique ce portail signé par l’un des artistes avignonnais les plus réputés.

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La restauration
du portail Biret, entièrement achevée. © Musée Calvet - F. Lepeltier